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samedi 24 octobre 2009

Stefan Zweig: Trois maîtres. Balzac, Dickens, Dostoïevski

"Le romancier, au sens le plus noble, le plus élevé du terme, ne peut être que le génie encyclopédique, l'artiste universel qui bâtit tout un cosmos et installe, à côté du monde terrestre, son propre univers, avec ses types humains spécifiques, ses lois de gravitation, son firmament" écrit Stefan Zweig alors qu'il amorce, en 1920, sa "typologie des grandes familles de l'esprit".

Trois maîtres illustre au mieux la haute idée qu'il se fait du romancier: Balzac, l'exemple le plus grandiose "d'une volonté créatrice en marche vers l'inaccessible"; Dickens, qui incarne "l'identité d'un homme de génie avec la tradition de son époque"; Dostoïevski, "l'affirmateur fanatique de son destin", dans une tension douloureuse "entre les deux pôles de l'extase et de l'anéantissement".

samedi 25 juillet 2009

Christian Brandstätter: Le Wiener Werkstätte. Les Ateliers Viennois 1903-1932

Fondé au tout début du 20e siècle, le Wiener Werkstätte s'est donné pour objectif de réconcilier les arts nobles et appliqués, de diffuser l'art dans tous les domaines de la vie et d'accorder aux objets les plus simples du quotidien le même soin qu'aux œuvres d'art. S'inscrivant une dernière fois dans la recherche de "l'œuvre d'art totale", il la réalise de façon exemplaire avec le Palais Stoclet de Bruxelles qui reste la création collective majeure de l'Art Nouveau international. L'équipe dirigée par Josef Hoffmann et Kolo Moser ne délaissera aucun domaine de la création: outre des meubles, services de table, objets en métal, céramique et verre, livres, affiches et cartes postales, tapis, papiers à lettre et de bureau, ils dessineront aussi des bijoux, des tissus et des modèles de Haute Couture (le secteur le plus rentable).

Avec plus de 500 photos, cet ouvrage illustre parfaitement la production des principaux collaborateurs du Wiener Werkstätte, parmi lesquels Carl Otto Czeschka, Berthold Löffler, Michael Powolny, Vally Wieselthier, Eduard Josef Wimmer, Otto Lendecke, mais aussi Gustav Klimt, Egon Schiele et Oskar Kokoschka.

dimanche 26 avril 2009

Stefan Zweig: Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme

Scandale dans une pension de famille "comme il faut", sur la Côte d'Azur du début du siècle: Mme Henriette, la femme d'un des clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée...

Seul le narrateur tente de comprendre cette "créature sans moralité", avec l'aide inattendue d'une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive.

Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

vendredi 15 février 2008

Peter Handke: La femme gauchère

"Sans raison", sous le coup d'une illumination qu'elle n'expliquera pas, et qu'elle ne s'explique sans doute pas elle-même, mais à laquelle elle a le courage d'obéir, la femme de ce récit demande à son mari de s'en aller, de la laisser seule avec son fils de huit ans. La voici, désormais, "libre". Le mot, trop grand, trop précis, n'est pas prononcé, ni pensé peut-être, mais les premiers moments d'allégresse disent bien le sentiment de la liberté recouvrée. Cependant, que promet, en fait, cette libération? D'abord, et pour longtemps, l'inéluctable apprentissage de la solitude. Apprentissage sans règle, sans forme, sans but, sans fin visible, sorte de régression absolue, dans une incertitude, un désarroi pires que ceux de l'enfance. Cette vie où les gestes les plus simples deviennent des évènements insolites, privés de naturel, ralentis ou syncopés, est-elle encore vivable? Avec la simplicité déroutante que nous lui connaissons, son laconisme tout à fait singulier, peut-être unique dans la littérature romanesque, Peter Handke impose puissamment à l'enchaînement des faits et gestes insignifiants de la vie quotidienne une dimension universelle et tragique. Ce livre peut être perçu aussi d'une façon plus secrète: la décision de rupture de "la femme", son choix de la solitude, apparemment gratuits, sont peut-être le signe au contraire de l'irruption en elle d'une exigence proprement spirituelle.