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samedi 11 septembre 2010

Jonathan Safran Foer : Eating Animals

Like many others, Jonathan Safran Foer spent his teenage and college years oscillating between omnivore and vegetarian. But on the brink of fatherhood - facing the prospect of having to make dietary choices on a child's behalf - his casual questioning took on an urgency. This quest ultimately required him to visit factory farms in the middle of the night, dissect the emotional ingredients of meals from his childhood, and probe some of his most primal instincts about right and wrong.

This book is what he found. Brilliantly synthesizing philosophy, literature, science, memoir, and his own detective work, Eating Animals explores the many stories we use to justify our eating habits - folklore and pop culture, family traditions and national myth, apparent facts and inherent fictions - and how such tales can lull us into a brutal forgetting. 

Marked by Foer's moral ferocity and unvarying generosity, as well as the humor and style that made his previous books, Everything Is Illuminated and Extremely Loud and Incredibly Close, widely loved, Foer's latest tour de force informs and delights, challenging us to explore what is too often conveniently brushed aside. A celebration and a reckoning, Eating Animals is a story about the stories we've told -  and the stories we now need to tell.

samedi 4 septembre 2010

Bernard Arcand : Abolissons l'hiver !

L'hiver nous tue. Quand ce ne sont pas sinusites et pharyngites qui nous emportent, c'est la glace noire, le verglas ou l'infarctus qui suit une séance de pelletage intensif, ou encore la piste de descente quasi olympique du mont Sainte-Anne. Comment échapper à cette fatalité ?
 Et si, tout simplement, c'était notre conception de l'hiver qui était fautive ? En effet, nous nous obstinons à mener une vie productive en hiver alors que les éléments - c'est le moins qu'on puisse dire - sont contre nous.
Pour retrouver le bon sens, il suffirait donc d'inverser la situation. Travaillons davantage l'été, et ainsi nous aurons tout l'hiver pour nous reposer, pour hiberner sous la couette, en remerciant le ciel de nous envoyer ce froid qui rend la maison si agréable. Faisons de l'hiver la saison morte, comme il se doit.

Il fallait un anthropologue de talent pour nous faire enfin voir l'évidence. Dans ce brillant opuscule, Bernard Arcand propose une solution qui, moyennant le bon vouloir de nos gouvernements, pourrait mettre un terme à nos souffrances hivernales, en même temps qu'elle donnerait tout son sens à l'expression de "société distincte". Cette solution aurait également le mérite de régler de nombreux problèmes de ladite société, qui vont de la réforme de la santé à celle de l'éducation. 

Eric Schlosser : Fast Food Nation. The Dark Side of the All-American Meal

Fast food has hastened the malling of our landscape, widened the chasm between rich and poor, fueled an epidemic of obesity, and propelled American cultural imperialism abroad. That's a lengthy list of charges, but Eric Schlosser makes them stick with an artful mix of first-rate reportage, wry wit, and careful reasoning.
Schlosser's myth-shattering survey stretches from California's subdivisions, where the business was born, to the industrial corridor along the New Jersey Turnpike, where many of fast food's flavors are concocted. Along the way, he unearths a trove of fascinating, unsettling truth - from the unholy alliance between fast food and Hollywood to the seismic changes the industry has wrought in food production, popular culture, and even real estate. 

lundi 2 août 2010

Marie-Monique Robin : Le monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien

Implantée dans quarante-six pays, Monsanto est devenue le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle. Dans les dernières décennies, la firme a accumulé les procès en raison de la toxicité de ses produits (PCB, “agent orange” ou hormones de croissance bovine et laitière). Pourtant, elle se présente aujourd’hui comme une entreprise des “sciences de la vie”, convertie aux vertus du développement durable. Grâce à la commercialisation de semences transgéniques, elle prétend vouloir faire reculer les limites des écosystèmes pour le bien de l’humanité. Qu’en est-il exactement ?
S’appuyant sur des documents inédits, des témoignages de victimes, de scientifiques ou d’hommes politiques, ce livre retrace l’histoire d’un empire industriel, qui, à grand renfort de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et tentatives de corruption, est devenu le premier semencier du monde. Et il révèle notamment le rôle joué par Monsanto dans le formidable tour de passe-passe qui a permis l’extension planétaire des cultures OGM, sans aucun contrôle sérieux de leurs effets sur la nature et la santé humaine.

samedi 31 juillet 2010

Anne Fournier, Catherine Picard : Sectes, démocratie et mondialisation

Vous pensiez qu'il suffisait de fermer votre porte ou de ne pas répondre à un questionnaire de personnalité pour se protéger, vos proches et vous, des discours et agissements sectaires. Détrompez-vous ! 
Au-delà du recrutement individuel de personnes souvent en situation de faiblesse, les sectes s'infiltrent dans le secteur économique : technique de management, mais aussi clonage, éducation et formation. Tous les secteurs peuvent être touchés, leur permettant d'acquérir une surface sociale et économique présentable, faisant ainsi oublier les extorsions de fonds et l'esclavage qu'elles pratiquent.
Les sectes, pour accroître leur influence et leurs réseaux, servent le libéralisme et s'attaquent à des piliers de notre démocratie : la protection des enfants, la citoyenneté, l'égalité des hommes entre eux (et non des groupes communautaristes), la laïcité.
Elles font figure de bras armé de la plus grande puissance, les États-Unis, qui cherche à utiliser à son profit dans la guerre économique sauvage que l'on nomme mondialisation.

vendredi 2 juillet 2010

Ignacio Ramonet : La tyrannie de la communication

Alors que semblent triompher la démocratie et la liberté dans une planète largement débarrassée des régimes autoritaires, les censures et les manipulations, sous des aspects divers, font un paradoxal retour en force.
De nouveaux et séduisants "opiums des masses" proposent une sorte de "meilleur des mondes", distraient les citoyens et les détournent de l'action civique. Dans ce nouvel âge de l'aliénation, à l'heure de la world culture, d'internet et de la "télévision-réalité", les technologies de la communication jouent, comme jamais, un rôle idéologique central : plus on communiquera, nous dit-on, plus notre société sera harmonieuse, plus grand sera notre bonheur.
S'imposant comme l'obligation absolue, inondant tous les aspects de la vie sociale, politique, économique et culturelle, la communication exerce déjà sa tyrannie.

mercredi 17 mars 2010

Jean Haëntjens : Le pouvoir des villes ou l'art de rendre désirable le développement durable

La France, tout comme l'Europe, dispose d'un atout majeur et aujourd'hui méconnu : ses villes. Depuis vingt ans, les villes, suivant l'exemple de Barcelone, Copenhague ou Bilbao, ont engagé une mutation sans précédent. Elles ont reconquis leurs centres, redécouvert les tramways, inventé de nouvelles formes culturelles, créé des éco-quartiers. Elles ont étendu et affirmé leurs pouvoirs dans tous les champs de la vie en société pendant que les Etats réduisaient les leurs. Elles sont aujourd'hui en première ligne pour gérer l'exclusion, les délocalisations ou encore la protection de l'environnement. Elles sont seules capables de transformer "l'éco-désir" ambiant en réalisations concrètes, en fonction de chaque lieu, de chaque culture locale.

Dans la course au développement durable qui s'est ouverte, un compte à rebours a commencé. La compétition est engagée entre les continents et les modèles de développement. La France, l'Europe doivent verser au débat leurs villes, leurs cultures, leurs règles de gouvernance, de solidarité, de responsabilité.

Tel est l'objet de cet essai qui, tout en faisant voyager le lecteur dans l'espace et le temps, lui permettra de mieux comprendre les enjeux de sa propre cité. Et de ses propres engagements.

mardi 19 janvier 2010

Martine Prosper : Edition. L'envers du décor

L'édition n'est plus l'activité artisanale et "héroïque", concentrée dans le Quartier latin de Paris, que l'on se plaît à figurer. Martine Prosper, secrétaire générale du Syndicat national Livre-Edition CFDT, propose ici l'examen critique d'un secteur d'activité globalement profitable, qui s'est progressivement soumis au règne des "petits hommes gris", les contrôleurs de gestion. S'attachant en particulier aux aspects structurels et quantitatifs trop souvent confinés dans les rapports officiels, elle dénonce l'hypocrisie d'une situation dans laquelle, sur fond de crise économique, de "révolution numérique", et sous couvert de "prestige du métier", des pratiques sociales rétrogrades se donnent libre cours. En cette période de déréglementation systématique du droit du travail, il lui a en outre paru utile de rappeler les principales dispositions légales relatives au travail à domicile, à l'emploi des stagiaires, etc - dispositions que ce volume résume en annexes.

dimanche 6 décembre 2009

Xavier Fauche: Roux et rousses. Un éclat très particulier

L'Apocalypse de Saint-Jean rapporte que quand l'agneau ouvrit le deuxième sceau, il en sortir un cheval roux dont le cavalier reçut le pouvoir d'ôter la paix de la terre. Cette allégorie traduit de manière flamboyante l'ambivalence que la tradition a, de tout temps, prêtée aux roux. Gloire et opprobre à la fois, violence destructrice et trésor caché, l'image du roux fut toujours et d'abord celle de l'excès. Au 19e siècle, puritain et bourgeois, l'opprobre l'emporte: roux et rousses sont souvent voués aux gémonies. Inversement, notre époque valorise la singularité et bien des héros littéraires, publicitaires ou de bandes dessinées sont roux. Qui sont-ils, ces hommes et ces femmes que la seule couleur de leurs cheveux stigmatise? Ont-ils réellement une identité en tant que groupe? A travers cette quête qui prend la forme d'une traque, pleine de surprises et d'humour, Xavier Fauche décrit aussi de l'intérieur la place symbolique de toute minorité. Celle qui, en dernière instance, ne se définit que par le regard que les autres portent sur elle.

samedi 21 novembre 2009

Léa Silhol, Estelle Valls de Gomis: Fantastique, fantasy, science-fiction. Mondes imaginaires, étranges réalités

Depuis son avènement tonitruant au 19e gothique, la littérature d'imaginaire ne cesse d'interpeller le lecteur et le critique. Du fantastique exploitant la peur et la "radicale étrangeté" à la fantasy qui teinte le médiéval de magie, en passant par une science-fiction qui ne cesse d'extrapoler sur l'avenir et précède toujours d'un pas les innovations technologiques, l'imaginaire se présente comme le plus mutable et le plus protéiforme des "mauvais genres".

A une époque où les clivages entre les littératures vont s'amenuisant, où le polar et la littérature générale empruntent de plus en plus volontiers des éléments constitutifs du surnaturel, il est particulièrement passionnant de se pencher sur un mode d'expression qui tient ses masques et ses codes du mythologique, du religieux, des peurs inconscientes, des tabous immémoriaux et du désir de merveilleux.

Qu'est-ce qui nous parle à ce point dans les vampires, les fées, les magiciens, les savants fous et leurs monstres? Quel plaisir, quelle nécessaire catharsis, trouvons-nous à frissonner devant les créatures de Stephen King, et à laisser nous traverser le souffle épique d'un J.R.R. Tolkien? Que trouvons-nous dans ces éléments d'altérité qui nous parlent toujours, irrémédiablement, de nous? Quelles valeurs de courage et de résilience, quelles transgressions des interdits sociaux, quelle exaltation de notre grandeur ou de notre bestialité?

Onze spécialistes des genres de l'imaginaire se penchent sur ces mondes si différents en apparence, de la littérature gothique au conte de fées, des thèmes et auteurs récurrents du genre à ses plus récentes évolutions, de l'écrit au cinéma, du mythe aux arts graphiques, pour cerner cet ensorcellement du monde qui répond à un besoin profond de nos imaginations et, au-delà, de nos sociétés.

samedi 31 octobre 2009

Condorcet: Réflexions sur l'esclavage des nègres

Publiées sous un pseudonyme en 1781 et rééditées à la veille de la Révolution, les Réflexions sur l'esclavage des nègres de Condorcet sont à ce jour le seul texte qu'un philosophe ait consacré de façon exclusive à l'esclavage. Ce livre de réflexion s'interroge sur les préjugés qui s'opposent à l'abolition de l'esclavage, et sur la meilleure méthode pour les combattre. Mais c'est aussi bien entendu un livre de dénonciation et de combat, au nom des Lumières, pour lutter contre l'influence des intérêts esclavagistes dans l'opinion française, préparer cette dernière à l'abolition de l'esclavage des noirs et convaincre un législateur " éclairé ". Avec le recul, les limites de la pensée de Condorcet sont certes évidentes : il n'est lui-même pas exempt de préjugés à l'encontre des noirs esclaves, ne pense pas leur émancipation comme une entrée dans la citoyenneté, et ne se préoccupe pas sérieusement de leur éducation ou de leur situation économique. Pourtant, ces Réflexions sont bien un texte pionnier, sans doute le premier manifeste abolitionniste écrit en France. C'est aux hommes du 19e siècle et pour une part aux esclaves eux-mêmes que reviendra le mérite de franchir le pas.

Joris-Karl Huysmans: Gilles de Rais. La magie en Poitou

La figure de Gilles de Rais n'a cessé de hanter Joris-Karl Huysmans (1848-1907). Le Moyen Age est une époque qui le fascine par sa foi profonde et ses excès.

En 1897, dans une plaquette confidentielle, tirée à cent exemplaires et jamais diffusée, il présente sa vision de celui que la légende populaire a surnommé Barbe-Bleue. Retraçant un destin exceptionnel, il suit le monstre jusqu'à son procès: enfant abandonné, compagnon de guerre de Jeanne d'Arc, Maréchal de France à vingt-cinq ans, ce seigneur mystique devenu ogre et tueur d'enfants finit pendu et brûlé, en confessant ses crimes.

Charles Baudelaire: Du vin et du haschisch comparés comme moyens de multiplication de l'individualité

"Le vin exalte la volonté, le haschisch l'annihile. Le vin rend bon et sociable, le haschisch est isolant... Enfin le vin est pour le peuple qui travaille et qui mérite d'en boire. Le haschisch appartient à la classe des joies solitaires, il est fait pour les misérables oisifs".

samedi 24 octobre 2009

Stefan Zweig: Trois maîtres. Balzac, Dickens, Dostoïevski

"Le romancier, au sens le plus noble, le plus élevé du terme, ne peut être que le génie encyclopédique, l'artiste universel qui bâtit tout un cosmos et installe, à côté du monde terrestre, son propre univers, avec ses types humains spécifiques, ses lois de gravitation, son firmament" écrit Stefan Zweig alors qu'il amorce, en 1920, sa "typologie des grandes familles de l'esprit".

Trois maîtres illustre au mieux la haute idée qu'il se fait du romancier: Balzac, l'exemple le plus grandiose "d'une volonté créatrice en marche vers l'inaccessible"; Dickens, qui incarne "l'identité d'un homme de génie avec la tradition de son époque"; Dostoïevski, "l'affirmateur fanatique de son destin", dans une tension douloureuse "entre les deux pôles de l'extase et de l'anéantissement".

mercredi 14 octobre 2009

Thomas More: L'Utopie

Utopie - désormais mot commun, passé dans la langue quotidienne, référence à une expérience ou à un rêve universel de société nouvelle. Ce "nulle part", né de l'imagination d'un humaniste catholique anglais du 16e siècle aux prises avec son souverain, demeure témoignage de la longue et difficile quête de l'homme en marche vers un ordre plus juste. Un classique à lire d'urgence.

samedi 29 août 2009

George Steiner: Une certaine idée de l'Europe


Les cafés caractérisent l'Europe. Ils vont de l'établissement préféré de Pessoa à Lisbonne aux cafés d'Odessa, hantés par les gansters d'Isaac Babel. Ils s'étirent des cafés de Copenhague, devant lesquels passait Kierkegaard pendant ses promenades méditatives, aux comptoirs de Palerme. Pas de cafés anciens ou caractéristiques à Moscou, qui est déjà un faubourg de l'Asie. Très peu en Angleterre, après une mode éphémère au 18e siècle. Aucun en Amérique du Nord, sauf dans cette antenne française qu'est La Nouvelle-Orléans. Dessinez la carte des cafés, vous obtiendrez l'un des jalons essentiels de la "notion d'Europe".

dimanche 2 août 2009

Ted Stanger: Sacrés fonctionnaires! Un Américain face à notre bureaucratie

Ted Stanger frappe encore! "Le plus français des Américains" jette cette fois son regard moqueur sur le monde des fonctionnaires et... des administrés. Ressortissant d'un pays où même la carte d'identité n'existe pas, il brosse le tableau à la fois drôle, ironique et impertinent de notre système administratif et de ses cinq millions d'agents. A propos de l'invraisemblable dépendance affective des Français vis-à-vis de la fonction publique, il constate, amusé: " Vous êtes tous des licenciés ès dossier, des fidèles du guichet, des remplisseurs de formulaires, des cocheurs de cases".

A travers ces chroniques, Ted Stanger nous dévoile ses allergies face à la bureaucratie sous toutes ses formes. Un rejet de la paperasserie qui l'a d'ailleurs poussé à préférer vivre en France comme un sans-papier pendant dix ans. De son mariage raté pour cause de formalités excessives à son amour secret pour une contractuelle bienveillante en passant par l'hystérie fiscale, les passe-droits institutionnalisés, notre paysannerie subventionnée, nos services publics anesthésiés ou encore l'intervention du libéralisme planifié, l'auteur fait son miel et s'interroge sur le lien entre un certain déclin français et le trop-plein d'Etat-providence.

Fonctionnaire ou pas, tout le monde se reconnaître dans ce portrait d'une France exceptionnelle, telle que seul cet Américain francophile pouvait la décrire.

lundi 22 juin 2009

William Styron: Face aux ténèbres - Chronique d'une folie

Nous ne croyons pas à l'Enfer, nous sommes incapables de l'imaginer, et pourtant il existe, on peut s'y retrouver brusquement au-delà de toute expression. Telle est la leçon de ce petit livre magnifique et terrible.

Récit d'une dépression grave, avec son cortège d'angoisses, d'insomnies, de "rafales dévastatrices", de tentations de suicide, il nous montre pour la première fois ce qu'est réellement cette "tempête des ténèbres" intérieure qui peut frapper n'importe qui à chaque instant, mais peut-être plus particulièrement certains écrivains ou artistes. Hemingway, Virginia Woolf, Romain Gary, Primo Levi, Van Gogh: la liste de ces proies désignées de l'ombre serait longue.

Enfer, donc, comme celui de Dante, douleur sans autre issue que celle de l'autodestruction, état de transe incommunicable que ne soupçonnent pas les autres, pas même les psychiatres. Pourtant, la guérison est possible, on peut en tirer une connaissance nouvelle. Avec précision et courage, le grand romancier qu'est William Styron plaide ici à la fois pour une meilleure compréhension de notre prochain abîmé dans l'horreur, et contre le goût du néant qui nous guette tous.

vendredi 12 juin 2009

Serge Latouche: Petit traité de la décroissance sereine

"La décroissance n'est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler d'a-croissance, comme on parle d'athéisme. C'est d'ailleurs très précisément de l'abandon d'une foi ou d'une religion (celle de l'économie, du progrès et du développement) qu'il s'agit.

S'il est admis que la poursuite indéfinie de la croissance est incompatible avec une planète finie, les conséquences (produire moins et consommer moins) sont encore loin d'être acceptées. Mais si nous ne changeons pas de trajectoire, la catastrophe écologique et humaine nous guette. Il est encore temps d'imaginer, sereinement, un système reposant sur une autre logique: une société de décroissance".

mercredi 10 juin 2009

Anne et Marine Rambach: Les nouveaux intellos précaires

Précaires de la presse ou de l'édition, enseignants ou chercheurs jetables, architectes sous-payés ou stagiaires au musée, depuis 2001, avec la sortie du livre d'Anne et Marine Rambach, ils portent un nom: les intellos précaires. On découvrait cette population au destin paradoxal: diplômée et compétente, studieuse et créative, elle vit, pas toujours mal, dans des conditions de grande précarité - avenir incertain, revenus fluctuants, déni de droits. Malgré une couverture sociale minimale ou inexistante, les intellos précaires continuent à exercer ces métiers qu'ils ont choisis par passion.

On annonçait alors leur disparition: les baby-boomers partant à la retraite, les OS de l'intellect n'allaient pas tarder à prendre leur place et, enfin, s'embourgeoiser.

Mais non. Les plans de titularisation de la fonction publique ont fait long feu, les postes abandonnés par les jeunes retraités sont supprimés, et puis, surtout, les entreprises et les institutions ont pris goût à cette main-d'oeuvre si flexible et si économique.

La précarité a le vent en poupe.

Disons-le: l'intello précaire est le modèle secret du patronat. Il n'est pas précaire, il est indépendant. Il n'est pas soumis, il est professionnel. Il n'est pas sous-payé, il est compétitif. Même quand il est de gauche, il est ultra-libéral.

Reste une question: mal défendus par les syndicats et rêve inavoué du patronat, jusqu'où iront les intellos précaires dans la soumission et la paupérisation?

Réforme de la recherche, réforme des universités, réforme de l'audiovisuel, réforme de la presse écrite, les intellos précaires sont au coeur de l'actualité. Le savent-ils? Qu'en pensent-ils? Vont-ils se faire entendre un jour?