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mardi 31 août 2010

Émile Zola : Germinal

Une des grandes grèves du 19e siècle racontée par un journaliste de génie qui en a fait un réquisitoire, un formidable «J'accuse» contre le capital, le roman de la lutte des classes et de la misère ouvrière. Un livre de nuit, de violence et de sang, mais qui débouche sur l'espoir d'un monde nouveau lorsque le héros, Étienne Lantier, quittant la mine «en soldat raisonneur de la révolution», sent naître autour de lui une «armée noire, vengeresse... dont la germination allait bientôt faire éclater la terre».
Germinal marque l'éveil du monde du travail à la conscience de ses droits et c'est au cri sans cesse repris de «Germinal ! Germinal !» que la délégation des mineurs de Denain accompagna le convoi funèbre de Zola à travers les rues de Paris.

vendredi 16 juillet 2010

Alfred de Musset : La confession d'un enfant du siècle

Alors ces hommes de l'Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé... se regardent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s'y virent si vieux, si mutilés, qu'ils se souvinrent de leurs fils, afin qu'on leur fermât les yeux. Ils demandèrent où ils étaient ; les enfants sortirent des collèges, et ne voyant plus ni sabres, ni cuirasses, ni fantassins, ni cavaliers, ils demandèrent à leur tour où étaient leurs pères. Mais on leur répondit que la guerre était finie, que César était mort, et que les portraits de Wellington et de Blücher étaient suspendus dans les antichambres des consulats et des ambassades, avec ces deux mots au bas : Salvatoribus mundi.
Alors s'assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse.

mardi 13 juillet 2010

Fred Vargas : Debout les morts

Un matin, la cantatrice Sophia Siméonidis découvre, dans son jardin, un arbre qu'elle ne connaît pas. Un hêtre. Qui l'a planté là ? Pourquoi ? Pierre, son mari, n'en a que faire. Mais la cantatrice, elle, s'inquiète, en perd le sommeil, finit par demander à ses voisins, trois jeunes types un peu déjantés, de creuser sous l'arbre, pour voir si...
Quelques semaines plus tard, Sophia disparaît tandis qu'on découvre un cadavre calciné. Est-ce le sien ? La police enquête. Les voisins aussi. Sophia, ils l'aimaient bien. L'étrange apparition du hêtre n'en devient que plus énigmatique.

dimanche 27 juin 2010

Jean-Noël Mouret : Le goût de Lille

S'il est une ville où l'expression "faire peau neuve" prend tout son sens, c'est bien Lille et, dans la foulée, ses inséparables satellites, Roubaix et Tourcoing. Pourtant, nombre de préjugés collent à la peau de la cité : grisaille, morosité, terrains vagues et friches industrielles... La réalité se montre fort différente : Lille, "capitale européenne de la culture", a également obtenu le label "ville d'art et d'histoire", tout comme Roubaix - inimaginable hier encore !
Les autres communes de Lille Métropole ne sont pas en reste : musées, monuments, jardins, espaces de création, ... La nouvelle réalité de l'agglomération n'a plus grand chose à voir avec son proche passé. C'est à la découverte de ce cœur battant de l'Europe que nous invitent Marguerite Yourcenar, Joséphine De Gaulle, Benjamin Berton, Dimitri Vazemsky, Jacques Darras, Michel Quint, Lakhdar Belaïd, Marie Desplechin, Noël Simsolo et bien d'autres - dont le célèbre P'tit Quinquin d'Alexandre Desrousseaux.

mardi 18 mai 2010

Louis Hémon : Maria Chapdelaine

"Qu'il revienne au printemps... Songeant à son retour, à lui, à son beau visage brûlé de soleil qui se penchera vers le sien, Maria oublie tout le reste". Mais François Paradis ne reviendra jamais plus. Pour passer les fêtes de Noël avec Maria Chapdelaine, en haut du lac Saint-Jean, François Paradis est parti, seul, contre l'avis de tous. La tourmente l'a pris, il s'est écarté, perdu. La neige a recouvert sa piste.

Louis Hémon a vécu de nombreux mois à Peribonka, près du lac Saint-Jean, parmi les pionniers défricheurs de la forêt canadienne. Ils lui serviront de modèles pour écrire son chef-d'œuvre Maria Chapdelaine, un roman traduit dans toutes les langues.

lundi 22 mars 2010

Gilles Leroy : Alabama Song

Les garçons des clubs, les jeunes officiers du mess, je les tiens dans ma main gantée de fil blanc. Je suis Zelda Sayre. La fille du Juge. La future fiancée du grand écrivain.
Du jour où je l'ai vu, je n'ai plus cessé d'attendre.
Et d'endurer, pour lui, avec lui, contre lui.

Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, "Southern Belle", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes...

Gilles Leroy s'est glissé dans la peau d'une Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister...

Mêlant avec brio éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand "roman américain".

jeudi 31 décembre 2009

Lydie Salvayre: BW

Le 15 mai 2008, celui que dans le livre j'appelle BW perd brutalement l'usage de ses yeux.

Dans l'urgence de parler pour tenir tête au désarroi, BW me livre alors tout ce qu'il a gardé secret durant nos années de vie commune : ses fugues, ses frasques, ses trekkings dans l'Himalaya, sa fulgurante carrière de coureur à pied, les souvenirs obsédants d'un Liban déchiré par la guerre, autant d'expériences, autant de détours qui l'ont conduit, il y a trente ans, à travailler dans l'édition.

Car BW est éditeur, et la littérature, sa vie.

Avec une ironie désenchantée, il me parle, le jour, de ses quinze existences passées, de son métier déraisonnablement aimé et de sa décision, mûrie dans le noir, de tirer sa révérence devant les mœurs éditoriales qui lui sont peu à peu devenues étrangères.

Je compose, la nuit, le texte dont il est le centre, avec le sentiment que son geste de quitter ce que d'autres s'acharnent à rejoindre revêt aujourd'hui un sens qu'il faut, à tout prix, soutenir.

Tous deux nous nous sentons poussés comme jamais par une nécessité impérieuse. Pour lui, celle de dire ou de sombrer. Pour moi, celle d'écrire ces mots-là, et aucun autre.

Ce livre, écrit à vif, est le roman de cette traversée.

Lydie Salvayre

mardi 1 décembre 2009

Marguerite Duras: L'homme assis dans le couloir

L’homme assis dans le couloir est un long poème, une longue phrase qui ne finirait jamais. Un homme et une femme se perdent dans le désir. Le désir qui les brûle jusqu’à l’obsession et puis la honte et puis les coups. Ce poème est une longue traversée de l’intime, l’intime des corps avant la parole. Avant la possibilité de dire et donc avant la pensée.

Le texte est explicite, il est comme un fantasme dans cette rencontre. Ce texte, c’est la fulgurance, la force du corps, la force d’une langue abrupte et poétique.

Cette histoire peut ne pas avoir été vécue, elle a pu être fantasmée, rêvée; alors ce serait dans un climat tropical, à l’endroit de la mousson, un après-midi d’été juste avant l’orage.

Mais ce texte est aussi une métaphore sur le théâtre, en ce sens où cet amour n’existe que parce qu’une femme, l’auteur, les regarde. Il n’y a de théâtre que parce qu’il y a un spectateur, un œil qui le regarde. La jouissance serait-elle aussi forte si ce regard n’était pas là ? Et puis elle demande à être frappée, la jouissance serait-elle aussi totale sans cette "exécution"?

Chez Duras, il y a la mousson, l’amour fou, la brûlure, la possession infinie.

Des êtres sans début et sans fin… à cet endroit de la perte de soi-même.

dimanche 29 novembre 2009

Jul: Silex and the City / 1. (Avant notre ère)

L'auteur de Il faut tuer José Bové et de La croisade s'amuse revient avec une série en costumes: chez les Dotcom, famille moyenne du paléolithique, toute l'actualité contemporaine défile en peaux de bêtes, pour une parodie au vitriol de notre société. C'est la crise? Investissez dans l'Age de pierre!

samedi 21 novembre 2009

Jean-Baptiste Colbert: Ordonnance de la Marine du mois d'aoust 1681

L'ordonnance de la Marine, inspirée des Statuts des Provinces Unies (Amsterdam et Anvers), codifie de façon complète les usages de la marine marchande:
1. Des officiers de l'Amirauté
2. Des gens et des bâtiments de mer
3. Des contrats maritimes, chartes-parties, engagements et loyers des matelots; prêts à la grosse, assurances, prises
4. De la police des ports, côtes, rades et rivages
5. De la pêche en mer

mercredi 18 novembre 2009

Martin Winckler: Le Choeur des femmes

Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de "Médecine de La Femme", dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.

mercredi 11 novembre 2009

Pierre Michon: Les onze

Les voilà, encore une fois: Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Nous connaissons tous le célèbre tableau des Onze où est représenté le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement révolutionnaire de l'an II et la politique dite de Terreur.

Mais qui fut le commanditaire de cette œuvre? A quelles conditions et à quelles fins fut-elle peinte par François-Elie Corentin, le Tiepolo de la Terreur?

Mêlant fiction et histoire, Michon fait apparaître avec la puissance d'évocation qu'on lui connaît, les personnages de cette "cène révolutionnaire", selon l'expression de Michelet qui, à son tour, devient ici l'un des protagonistes du drame.

dimanche 8 novembre 2009

Cité de l'Architecture et du Patrimoine: Vers de nouveaux logements sociaux

Le logement est plus que jamais un sujet d'actualité. Face à la forte demande de logements sociaux, quelle est l'offre architecturale aujourd'hui? Quelle réponse qualitative et innovante donner à cet impératif quantitatif? Quelle doit être la part de l'expérimentation dans ce domaine reconnu comme laboratoire de l'architecture depuis l'époque moderne? Quelles sont les nouvelles typologies en phase avec les modes de vie et l'évolution de la société aux prises avec les questions essentielles de la ville contemporaine, et notamment, les enjeux de développement durable, de qualité de vie et de justice sociale? Seize "réponses", choisies en France pour leur singularité, leur originalité et leur pertinence, sont présentées et décryptées dans cet ouvrage.

samedi 7 novembre 2009

Catherine Millet: Jour de souffrance

Véritable coup de tonnerre littéraire: La vie sexuelle de Catherine M. révélait le regard singulier que l'auteur portait sur son corps et sur la liberté assumée de sa vie sexuelle. Aujourd'hui, elle raconte son "autre vie", celle où elle se découvre jalouse de manière étrange et imprévue. Elle traverse cette crise dans un élan paradoxal de jouissance douloureuse.

dimanche 1 novembre 2009

Charles Nodier: Infernaliana

“Il est vrai qu’on a déterré des morts dont le corps était encore frais. Cet accident était causé par la nature du terrain où ils étaient inhumés ou bien par des maladies ; la peur et l’imagination troublée en ont fait des vampires”.

Malgré cet involontaire romantisme qui est dans son cœur et cette vocation classique qui est dans ses goûts, Charles Nodier est bien le précurseur d’Aurélia, le précurseur de Maldoror, et lorsqu’il choisit d’être un lunatique volontaire, lorsqu’il va demander aux rêves une "raison" supérieure à celle que conçoivent les positivistes, lorsqu’il va préciser que la folie donne d’étranges leçons, qui ne voit ce que lui doivent les surréalistes, et de quoi lui est tributaire la poésie moderne ? Il est à l’origine d’une sensibilité dont nous ne sommes pas libres.

samedi 31 octobre 2009

Condorcet: Réflexions sur l'esclavage des nègres

Publiées sous un pseudonyme en 1781 et rééditées à la veille de la Révolution, les Réflexions sur l'esclavage des nègres de Condorcet sont à ce jour le seul texte qu'un philosophe ait consacré de façon exclusive à l'esclavage. Ce livre de réflexion s'interroge sur les préjugés qui s'opposent à l'abolition de l'esclavage, et sur la meilleure méthode pour les combattre. Mais c'est aussi bien entendu un livre de dénonciation et de combat, au nom des Lumières, pour lutter contre l'influence des intérêts esclavagistes dans l'opinion française, préparer cette dernière à l'abolition de l'esclavage des noirs et convaincre un législateur " éclairé ". Avec le recul, les limites de la pensée de Condorcet sont certes évidentes : il n'est lui-même pas exempt de préjugés à l'encontre des noirs esclaves, ne pense pas leur émancipation comme une entrée dans la citoyenneté, et ne se préoccupe pas sérieusement de leur éducation ou de leur situation économique. Pourtant, ces Réflexions sont bien un texte pionnier, sans doute le premier manifeste abolitionniste écrit en France. C'est aux hommes du 19e siècle et pour une part aux esclaves eux-mêmes que reviendra le mérite de franchir le pas.

Joris-Karl Huysmans: Gilles de Rais. La magie en Poitou

La figure de Gilles de Rais n'a cessé de hanter Joris-Karl Huysmans (1848-1907). Le Moyen Age est une époque qui le fascine par sa foi profonde et ses excès.

En 1897, dans une plaquette confidentielle, tirée à cent exemplaires et jamais diffusée, il présente sa vision de celui que la légende populaire a surnommé Barbe-Bleue. Retraçant un destin exceptionnel, il suit le monstre jusqu'à son procès: enfant abandonné, compagnon de guerre de Jeanne d'Arc, Maréchal de France à vingt-cinq ans, ce seigneur mystique devenu ogre et tueur d'enfants finit pendu et brûlé, en confessant ses crimes.

Charles Baudelaire: Du vin et du haschisch comparés comme moyens de multiplication de l'individualité

"Le vin exalte la volonté, le haschisch l'annihile. Le vin rend bon et sociable, le haschisch est isolant... Enfin le vin est pour le peuple qui travaille et qui mérite d'en boire. Le haschisch appartient à la classe des joies solitaires, il est fait pour les misérables oisifs".

samedi 10 octobre 2009

Régis Jauffret: Microfictions

Livre monstre, Microfictions rassemble cinq cents histoires tragi-comiques comme autant de fragments de vie compilés. De A à z, d'"Albert Londres" à "Zoo", ce roman juxtapose le banal de vies ordinaires tout à la fois fascinantes, cruelles, monstrueuses, à travers le quotidien d'un journaliste cynique, d'un cadre déphasé, d'un vieillard pédophile, d'un flic, d'un voyou, d'un SDF, ou d'un enfant mal aimé, incarnations successives d'une humanité minée par la folie, le désespoir, et qui pourtant se bat et espérera toujours. Le lecteur traverse ce livre comme une foule, il reconnaît certains visages, et croit parfois apercevoir sa propre silhouette au détour d'une page.

mardi 6 octobre 2009

Marie NDiaye: Trois femmes puissantes

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.

L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.